“À quoi bon ?"
"Même si, allons-y quand même :D”
L’autre soir, on m’a pas mal parlé autour d’une question politique, et je remercie la personne pour son point de vue, pardon pour la réalité qu’il m’a partagée qui serait LA réalité (:D mais c’est possible). Si tu me lis tu te reconnaîtras, je le dis de manière amusée, mais je le dis sincèrement : tu as peut-être raison et surtout je te dois ce texte :).
Partons du principe, pour commencer, que ce soit le cas sérieusement. Après tout, pour ma part, je n’ai qu’un point de vue. Informé certes, mais ce n’est qu’un point de vue, qui s’enrichit avec un autre point de vue — pardon, la réalité — de la personne en question (:D).
Est-ce que s’obséder pour une cause sert vraiment à quelque chose si, objectivement, on peut penser que ça ne peut pas marcher ? C’est une vraie question. À quoi bon ? Parce que la question n’est pas seulement politique. Il est dur parfois de se lever le matin. On nous démontre tous les jours qu’on est empêchés. Beaucoup de choses nous semblent inaccessibles. On peut alors se demander si se lever le matin sert à quelque chose ? Mais je crois que la vraie question est pourquoi on le fait. Parce qu’on en a besoin ? Envie ? Parce qu’on croit… à la vie ? Certains un jour n’y arrivent même plus, hein. Ça s’appelle le burn-out. Parfois certains sont allés trop loin. Ils ne se sont plus écoutés, leur corps ne veut plus.
Mais partons du principe qu’on a encore ce feu d’agir (même si certains diront que ce n’est pas réaliste, et ils ont peut-être raison). Regardons alors, non pas l’histoire d’il y a 30, 40 ou 50 ans, mais celle d’aujourd’hui.
En Angleterre, en 2008, dans un petit village, quelques habitants ont planté des légumes en libre-service devant la mairie et même le commissariat. On les a pris pour des doux dingues. Aujourd’hui, Todmorden est autosuffisant en fruits et légumes, et leur modèle s’exporte ailleurs.
En Éthiopie, dans la région du Tigray, à partir des années 2010, des communautés locales ont décidé de fermer des collines entières au pâturage et à la coupe de bois. Ces exclosures ont permis, en quelques années seulement, le retour de la végétation, des sources et d’une fertilité nouvelle. Là où tout semblait désertifié, l’eau et la vie sont revenues grâce à l’action collective.
Et plus fou encore, au Sénégal, à partir de 2008, des pêcheurs de Casamance ont replanté à la main des mangroves mortes, arbre par arbre, contre tous les pronostics. Vingt ans plus tard : 152 millions d’arbres, la plus grande reforestation de mangroves au monde, et des villages qui survivent grâce aux poissons revenus.
Alors oui, ce sont des exceptions en effet. Oui, peut-être que souvent ça ne marche pas. Parfois on a beau faire, le résultat ne sera jamais là pour soi, et parfois même de notre vivant.
Je pense aux aviatrices du programme Mercury 13, pilotes exceptionnelles qui auraient pu devenir astronautes mais qu’on a écartées pour leur sexe. Elles ont échoué, mais… sans elles, d’autres n’auraient pas pu revendiquer ensuite leur place dans l’espace.
Je pense aux suffragettes, ridiculisées, emprisonnées, parfois mortes pour avoir réclamé un bulletin de vote. Et elles-mêmes avaient des ancêtres : Olympe de Gouges en France, les abolitionnistes en Angleterre, les chartistes qui réclamaient une démocratie élargie. Des générations se sont relayées avant que le droit de vote féminin devienne “évident”.
Je pense aussi à cette lutte improbable contre l’évasion fiscale : pendant des décennies, on nous a répété que les multinationales étaient intouchables, trop puissantes, qu’on ne pouvait pas les taxer. Et pourtant, après vingt ans de mobilisation d’ONG, d’économistes, de militants de base, une taxe mondiale minimale a été adoptée en 2021. Incomplète, insuffisante, fragile sans doute… mais impensable quelques années auparavant. Et les luttes continuent : aujourd’hui, l’idée de la taxe mondiale portée par Gabriel Zucman commence à se frayer un chemin jusque dans les cercles officiels.
Je pense à beaucoup d’autres.
Mais évidemment la plupart du temps, ça ne marche pas. On le voit, ce sont les exceptions. Des petits groupes qui s’acharnent font le monde. (Mais quoi qu’on dise, ils ne se font pas seuls… on peut même dire que, d’une manière ou d’une autre, le collectif contribue. On ne naît pas d’un vide. On sent le besoin. On apprend avec d’autres. On se forge même dans l’opposition.)
Mais cela étant dit, puisque la masse dans son immense majorité n’y arrive pas (pris par sa vie ses besoins, ses urgences) peut-être que tout ça ne réussira jamais ? Même dans le temps ? Mais comment le savoir alors ? Et puis faut-il encore savoir ce que cela veut dire réussir.
On tente quelque chose, ça ne marche pas. Ça construit… notre chemin. Ça nous apprend à nous connaître. À savoir ce qu’on veut, ce qu’on ne veut plus. Ça aide à se projeter vers d’autres avenirs. Comment savoir si on n’essaie pas ?
La personne a essayé de me démontrer que la réalité prouvait le contraire. Il a en tout cas partagé ce à quoi lui croit. Ce qu’il ressent. Un constat qu’il fait qui nourrit chez lui une remise en question à ce moment-là de sa vie. Ce qui l’emmène semble-t-il sur une autre route. Ça fera peut-être son chemin un jour, chez moi ou pas. Au moment, ou je ne pourrais plus. Comme par le passé j’ai parfois changé de chemin, pour en revenir finalement à une route encore et encore à laquelle je crois. C’est comme ça. Certains changent radicalement, un jour d’autres non. Ils ne font qu’“évoluer”. Ça a donné en tout cas ce texte. Il m’a donné l’occasion d’essayer encore de communiquer avec les autres, et je l’en remercie.
Ça ne sert peut-être à rien au final (j’émets juste un doute là, ne serait-ce que pour se faire comprendre d’autrui, parce que c’est ça dont on parle avant tout). Le tout, en tout cas, est d’être en accord, au final, avec soi-même. :)
Ps: Et vous qu’en pensez vous?


